Pour sa rentrée, Nicolas Sarkozy veut rester optimiste
LE MONDE | 20.08.07 | 12h30 • Mis à jour le 20.08.07 | 13h30
Les pontons de Wolfeboro sont déjà loin. Rentré, dimanche 19 août, sur un vol régulier d'Air France Boston-Paris de ses luxueuses vacances américaines payées par deux familles amies (les Agostinelli et les Cromback), Nicolas Sarkozy s'est rendu directement à l'Elysée pour préparer les trois réunions qui devaient s'y tenir lundi 20 août, en présence du premier ministre.
Sans attendre le conseil des ministres de vendredi, qui marquera le cap symbolique des "cent jours", le chef de l'Etat entend montrer que le centre névralgique du pouvoir est et reste l'Elysée. "Attendez-vous à ce que cela reparte très fort à la rentrée", avait lancé le président de la République à ses ministres avant de les quitter pour les vacances.
La première de ces réunions ministérielles a été consacrée, à partir de 10 heures, au pouvoir d'achat, à la croissance et à la situation économique et financière. La suivante devait porter sur l'immigration, et notamment la réforme du regroupement familial préparée par Brice Hortefeux, ministre de l'immigration de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement. Elle sera en discussion à l'ouverture de la session extraordinaire du Parlement à partir du 18 septembre.
La dernière de ces réunions, à laquelle participeront Rachida Dati (justice), Michèle Alliot-Marie (intérieur) et Roselyne Bachelot (santé), sera consacrée aux "mesures de sûreté contre les criminels dangereux", à la suite de l'enlèvement par un délinquant sexuel récidiviste d'un enfant de 5ans à Roubaix.
CONJONCTURE ASSOMBRIE
Mais c'est surtout la situation économique et financière qui préoccupe le chef de l'Etat, décrit comme "attentif et serein" par l'un de ses conseillers. Durant sa "retraite" américaine, il a suivi les soubresauts de la crise boursière.
Plus inquiétant pour l'Elysée : la conjoncture s'est assombrie en quelques semaines. Outre le déficit du commerce extérieur (15 milliards d'euros de janvier à juin), le recul de la production industrielle, la stagnation des créations d'emplois, la plus mauvaise nouvelle est venue de la croissance : seulement 0,3 % de hausse au deuxième trimestre. Un résultat décevant qui met à mal l'objectif du gouvernement de 2,25 % de croissance pour 2007 et 2,5 % pour 2008.
Priée d'abréger ses vacances par M. Sarkozy, Christine Lagarde, la ministre de l'économie, des finances et de l'emploi s'est attelée à conjurer tout accès de pessimisme. Ce mauvais résultat du deuxième trimestre ? "Une conséquence de l'attentisme électoral", a-t-elle affirmé sur RTL tout en maintenant ses objectifs.
Il n'empêche : le financement du "paquet fiscal" grâce auquel l'Elysée comptait provoquer un "choc de confiance" pour gagner "un point de croissance" s'annonce ardu. En retoquant la rétroactivité des avantages fiscaux sur les emprunts immobiliers, le Conseil constitutionnel a privé M. Sarkozy d'une des mesures les plus attendues de sa réforme. Le gouvernement table sur l'exonération fiscale des heures supplémentaires pour doper l'activité.
L'opposition n'a pas été longue à voir le profit qu'elle pouvait tirer de cette situation en soulignant "les promesses inconsidérées" de M. Sarkozy. Dans un entretien au Journal du dimanche du 19 août, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, estime que "la politique du président de la République est dans le droit fil de celle de Jacques Chirac. Il vit à crédit sur le dos de l'Etat. Après l'état de grâce, il y aura la facture".
"VERTIGE DU POUVOIR"
Ancien ministre socialiste des finances et proche de Ségolène Royal, le député de l'Indre, Michel Sapin, pronostique dans Le Parisien du 20 août, la fin de "l'état de grâce" pour M. Sarkozy : "Tout lui est permis. Il éprouve une sorte de vertige du pouvoir. Il manie la parole, souvent avec habileté. Mais tout ceci aura une fin, car il y a un moment où les mots ne suffisent plus et où les réalités reprennent le dessus. (…) Les cadeaux fiscaux provoqueront un retour de bâton (…). Tout ce qui est donné à quelques-uns aujourd'hui devra être payé par tous demain."
Anticipant une rentrée "chaude", sur fond de mise en place du service minimum, de la franchise médicale, et de suppression de 10 000 postes dans l'éducation nationale, le Parti communiste appelle, de son côté, à un rassemblement à l'automne contre "la politique réactionnaire de M. Sarkozy".
Pour autant, M. Sarkozy reste optimiste. La vigueur des attaques devrait lui permettre de souder son camp et de "faire de la politique". En cent jours passés à l'Elysée, il a fait la preuve de son habileté manœuvrière et sa popularité ne s'est pas encore démentie. En juillet, celle-ci s'établissait à plus de 60 % de "bonnes opinions". Les Français semblent apprécier son omniprésence, même s'il doit s'exposer toujours plus.
Malgré ce risque, le chef de l'Etat n'entend pas se montrer plus discret pour autant. Omniprésent avant et pendant ses vacances, il le sera aussi après. Mercredi 22, le chef de l'Etat se rendra aux obsèques du patron pêcheur du Sokalique tué lors du naufrage de son bateau heurté par un cargo; vendredi 24, il sera en province pour une visite de terrain. "Il décide de tout, il est donc responsable de tout", assure le premier secrétaire du PS, qui convient toutefois : "Les Français n'ont nulle intention, au bout de cent jours, de dresser un réquisitoire contre la politiquede M. Sarkozy. Ils ont raison."
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