2007年8月25日土曜日

Après le chaos postcommuniste, la Mongolie goûte un air d'optimisme

Après le chaos postcommuniste, la Mongolie goûte un air d'optimisme
LE MONDE | 23.08.07 | 14h36 • Mis à jour le 23.08.07 | 14h36
NOROVDIN (nord) ENVOYÉ SPÉCIAL

AFP/FREDERIC J. BROWN
Une statue de Gengis Khan, le grand conquérant qui unifia les tribus mongoles.


Le village de Norovdin est planté au coeur de la steppe mongole, non loin de la frontière russe. Le docteur Bayrsuren reçoit dans le jardin attenant à l'hôpital, modeste mais propret. Elle rêve à voix haute. La quarantaine élégante, affublée d'une paire de lunettes très années 1950, elle égrène ses espoirs de médecin du bout du monde : "Bientôt, la ligne à haute tension arrivera jusqu'ici. Bientôt, on pourra utiliser Internet et on se passera du groupe électrogène pour faire marcher les ordinateurs." Mme Bayrsuren exprime comme un air du temps : après la sortie chaotique de l'ère communiste, un léger vent d'optimisme souffle sur la Mongolie.


Norovdin est un village de 2 400 âmes où cohabitent des maisons de bois, des yourtes (tentes traditionnelles) et quelques bâtiments administratifs en ciment. On y vit quasiment encore à l'heure du dénuement soviétique, quand la défunte République populaire de Mongolie était presque devenue un appendice de l'URSS (1924-1990) : pas d'électricité, pas de téléphone, trois médecins - femmes - soignant en priorité les multiples cas de cirrhose du foie causés par l'un des maux les plus ravageurs du pays : l'alcoolisme.

Ici, on boit sec, la vodka et le lait de jument fermenté palliant l'ennui des hivers rigoureux ou la persistance de la pauvreté et du chômage, dix-sept ans après la douloureuse transition du collectivisme à l'économie de marché. Une grande majorité des Mongols rencontrés dans ces villages perdus ou autour des ger - yourtes - des nomades, affichent pourtant, aujourd'hui, une certaine confiance. Sur le plan politique, la Mongolie s'est transformée en nation démocratique. "La démocratie, c'est mieux", assène en une charmante lapalissade le maire adjoint de Norovdin, Shiriz Erdene.

Quarante-six ans, costume gris, casquette blanche, cet ancien médecin formé à Leningrad dans les années 1980 est membre d'un parti d'opposition à l'actuel avatar de l'ex-Parti communiste encore au pouvoir : il montre avec une certaine fierté le stûpa (monument) bouddhiste érigé en mémoire des victimes de la terrible répression qui, dans les années 1930, a coûté la vie à près de 30 000 personnes, opposants au régime et moines bouddhistes. Preuve selon lui que les Mongols sont capables de ne pas faire l'impasse sur les horreurs passées. "Mon grand-père est l'une de ces victimes", dit-il en désignant les inscriptions gravées sur le monument.

Autre raison d'optimisme au coeur de la steppe, en dépit d'une situation économique pour le moins fragile et d'un pourcentage élevé de personnes sous le seuil de pauvreté (31 % de Mongols vivent avec moins d'une cinquantaine d'euros par mois) : si l'exode rural perdure, beaucoup de nomades semblent n'avoir aucunement l'intention de quitter leurs pâturages. Juchée sur son cheval, Otganjargal, une femme d'une trentaine d'années, lunettes noires et del (robe traditionnelle) scintillant, juge la question du départ en ville incongrue : "Bien sûr que je n'ai pas envie de partir ! Je suis éleveur nomade, je resterai dans la steppe !", lâche-t-elle avant de fouetter sa monture et de disparaître vivement dans un nuage de poussière.

Le même jour, sous une pluie d'orage et dans le vent qui couche au loin l'herbe des pâturages, le jeune Erdenbat, 19 ans, rêve de réussites commerciales, de fromages vendus dans la capitale, si la croissance de son cheptel de bovins le permet. Seule la Chine, la voisine menaçante qui a déjà mis la main sur une partie du secteur minier du pays, le met en colère : "Nous mangeons et respirons chinois", raille-t-il.

Plus à l'ouest, voici Oulan-Bator : plus de 1 million d'habitants, soit près d'un tiers de la population, grands espaces à l'architecture soviétique, larges avenues, collines avoisinantes mangées par les taches blanches des yourtes des anciens nomades en quête d'eldorado. Ceux-là ont quitté leurs pâturages. Surtout après les grands froids qui ont provoqué la mort de 8 millions de têtes de bétail durant les terribles hivers de la fin des années 1990 et du début des années 2000.

Dans son bureau du ministère de l'immense place Sukhbataar, du nom du père fondateur du communisme mongol, le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, Khasbazaryn Bekhbat, assure, dans un français parfait, qu'il s'agit, d'ici huit ans, de "quintupler l'actuel revenu par tête de 1 000 dollars l'an avant de doubler ce dernier chiffre à l'échéance de 2021..." "En trois ans, se félicite-t-il, le PNB (produit national brut) a grimpé de 30 %." Mais le combat contre la pauvreté urbaine est loin d'être gagné. Le fossé se creuse entre ceux qui ont largement profité d'un système politique marqué par l'instabilité parlementaire et la corruption et les autres, ceux qui survivent dans les sordides cités de l'ère soviétique où les banlieues de yourtes de la périphérie.

Les hommes politiques proches des centres du pouvoir sont sur la sellette. "L'Assemblée nationale a enfin passé une loi anticorruption qui impose à chaque politicien la transparence dans la déclaration de ses biens", se réjouit Sanjaasurengin Oyun, ancienne vice-présidente du Parlement, député de l'opposition pour le Parti du courage civique. Anglophone, cette femme d'une quarantaine d'années incarne la minuscule élite politique mongole, celle pour laquelle les pratiques politico-mafieuses dont sont accusés les membres du Parti populaire révolutionnaire mongol (PPRM) de l'actuel président Enkhabayar sont intolérables. Même si Mme Oyun met un bémol à ses critiques : "Le PPRM est le plus corrompu de tous les partis parce que c'est celui qui a la plus longue expérience du pouvoir", reconnaît-elle.

Heureusement qu'il y a le héros national, figure emblématique d'une nouvelle Mongolie en mal d'identité, pour mettre tout le monde d'accord : Gengis Khan, le grand conquérant qui unifia les tribus mongoles il y a huit cents ans, avant d'être passé à la trappe de l'oubli par les communistes. Aujourd'hui, l'empereur est de retour, obsédant : on fume des cigarettes à son nom, on boit de la vodka à son effigie, on arrive à l'aéroport Gengis-Khan. Et sa gigantesque statue de métal gris, à l'entrée d'Oulan-Bator, domine la steppe. Au terme d'un incongru retour de l'Histoire pour un pays en mal de reconnaissance internationale, le gouvernement a envoyé 160 soldats à Bagdag, en 2003. Sept cent quarante-cinq ans après le sac de la ville par Hülegü, petit-fils du grand Khan...

Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 24.08.07.

 

2007年8月21日火曜日

Bernard Kouchner en Irak en quête d'une solution politique

Bernard Kouchner en Irak en quête d'une solution politique
LE MONDE | 20.08.07 | 10h50 • Mis à jour le 20.08.07 | 14h29
Bagdad, envoyée spéciale

"Je commence à entendre la douce voix de Bagdad...", lâche le commandant. Dans le cockpit du Transall, quatre pilotes militaires français se préparent à un atterrissage acrobatique, dimanche 19 août, dans la capitale irakienne. A bord de l'appareil, le ministre des affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner. "Pour moi, c'est un honneur, commente l'officier de l'armée de l'air, mais c'est aussi très stressant d'amener un politique de ce rang dans un des théâtres les plus hostiles."

Par sécurité, ce voyage est resté confidentiel jusqu'au dernier moment. Il est aussi historique : depuis la visite de Roland Dumas, en 1988, aucun ministre français des affaires étrangères ne s'était rendu en Irak. La "crise des palais", soupçonnés d'abriter des armes de destruction massive, avait donné lieu à une rencontre houleuse, en 1998, à Tikrit, entre le dictateur irakien Saddam Hussein et le secrétaire général du Quai d'Orsay. Depuis, rien d'officiel. Par la suite, l'opposition de la France à l'intervention américaine de 2003 n'a pas facilité les relations franco-irakiennes.

A ceux qui voudraient voir aujourd'hui un lien de cause à effet entre les vacances du président Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis et la visite ministérielle à Bagdad, M. Kouchner oppose un démenti catégorique. "C'était ma priorité dès mon arrivée au gouvernement, affirme-t-il. Je le prépare depuis très longtemps. Je mentirais si je disais que l'initiative n'est pas venue de moi."

L'invitation a été transmise à Paris par le président irakien, Jalal Talabani, début 2006. L'amitié qui lie depuis "plus de trente ans" le dirigeant kurde et le "french doctor" a ensuite, sans doute, aidé le souhait irakien à se concrétiser.

L'appareil militaire, systèmes de brouillage allumés, se pose en une spirale abrupte qui soulève l'estomac. "Dire qu'il y a des gars qui passent un an ici…", murmure un pilote, visiblement peu envieux du sort des soldats américains en Irak.

Tout a été planifié, côté français, pour que cette visite ne soit pas interprétée comme un revirement en faveur de la politique de George Bush. Le ministre a pris un avion français et il ne rencontrera aucun officiel américain à Bagdad.

Un séjour à l'ambassade de France s'est en revanche avéré impossible : désormais située dans la "zone rouge", elle est soumise à couvre-feu dès 16 heures et ne dispose plus que d'une heure et demie d'électricité par jour.

"CAUCHEMAR KAFKAÏEN"

Il s'agit bien, en revanche de signifier le retour de la diplomatie française en Irak. L'objectif, défini par M. Kouchner, est de "témoigner de la solidarité, de la compassion et du soutien de la France au peuple irakien dans toutes ses composantes, si la confiance se rétablit", en allant "écouter" des responsables des principales factions, kurdes, chiites et sunnites, du pays.

Sa visite, espère-t-il, "donnera le coup d'envoi d'initiatives similaires de la part d'autres pays européens". Il n'est pas venu avec des propositions fermes, souligne-t-il, mais avec l'intention d'"essayer de comprendre" et de "participer au retour de l'espoir".

Pris en main dès leur arrivée par un dispositif impressionnant d'hommes en armes, français et peshmergas (combattants kurdes) de la garde présidentielle de M. Talabani, le ministre et sa délégation se sont rapidement frottés à la réalité de Bagdad. "Un cauchemar kafkaïen", selon le commentaire effaré d'un diplomate du Quai d'Orsay : un parcours labyrinthique semé de check-points et encadré de hauts murs de béton qui, s'ils ne montrent rien, en disent long sur l'état de dégradation sécuritaire dans la capitale irakienne.

Loin de l'ancien quartier général des Nations unies, fermé après l'attentat suicide qui a fait 22 morts, il y a quatre ans jour pour jour, la première étape a consisté à déposer une couronne de fleurs à la mémoire des "soldats de la paix" devant le petit local coincé dans la "zone verte" (zone ultra-fortifiée protégeant le gouvernement irakien et l'ambassade américaine) qui abrite désormais la représentation de l'ONU.

Le geste se veut symbolique de la position de la France favorable a "un rôle accru des Nations unies en Irak". "Plus l'Irak se tournera vers l'ONU, a ajouté le ministre, plus la France soutiendra l'Irak. Mais la position irakienne reste ambiguë et j'attends des éclaircissements."

Pour nombre d'Irakiens, et pour ses amis kurdes en particulier, Bernard Kouchner reste l'homme qui plaida pour "l'intervention humanitaire". A son homologue irakien, Hochyar Zebary, qui n'a pas manqué de le lui rappeler, M. Kouchner a précisé qu'il approuvait ce concept, mais qu'il n'avait "jamais imaginé qu'il puisse être utilisé [par les Américains] d'une telle façon".

"Les Américains ont commis erreur sur erreur. Il est impossible de refaire l'histoire. Il s'agit maintenant de tourner la page", a-t-il ajouté.

ENTRETIEN AVEC M. MALIKI

Face à la description d'"une situation en Irak terrifiante et inacceptable de barbarie et de souffrances", M. Zebary a plaidé pour une "patience stratégique". Il y a deux ans, le ministre irakien critiquait très sévèrement la politique étrangère française. Aujourd'hui, et malgré le peu de concessions affichées dans ce nouveau discours français, il est manifestement ravi de la visite.

"C'est une grande victoire pour la diplomatie irakienne", confie l'un de ses conseillers, en marge de la rencontre. Dans cet optimisme joue aussi, sans doute, le facteur personnel ainsi que la sympathie déclarée du ministre français pour les Kurdes.

La journée s'est achevée par un entretien avec le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki. "La France peut devenir une amie, même si nos relations ont pris du retard", a estimé M. Maliki, qui s'est déclaré satisfait de la politique de M. Sarkozy vers davantage de coopération.

M. Kouchner a soulevé le problème de la crise du gouvernement après la démission, le 1er août, des ministres sunnites, soulignant que leur réintégration ou celle d'autres personnalités de cette communauté était primordiale pour sauver le processus de réconciliation nationale. Plus généralement, le ministre français a affirmé que, selon lui, la solution en Irak "ne peut être que politique et non militaire".

M. Maliki devait se rendre, lundi, à Damas, pour rencontrer le président syrien Bachar Al-Assad. "Je vous demande de lui transmettre ce message de ma part, lui a dit M. Kouchner. Lorsqu'il s'engagera sur le chemin de la paix au Liban, la France sera prête à beaucoup d'ouverture. Il ne faut pas qu'il empêche la prochaine élection présidentielle libanaise. Il pourra alors se produire beaucoup de changement dans la politique française à son égard."

"Il serait préférable que vous le lui disiez vous-même", lui a répondu M. Maliki.

 

Pour sa rentrée, Nicolas Sarkozy veut rester optimiste

Pour sa rentrée, Nicolas Sarkozy veut rester optimiste
LE MONDE | 20.08.07 | 12h30 • Mis à jour le 20.08.07 | 13h30

Les pontons de Wolfeboro sont déjà loin. Rentré, dimanche 19 août, sur un vol régulier d'Air France Boston-Paris de ses luxueuses vacances américaines payées par deux familles amies (les Agostinelli et les Cromback), Nicolas Sarkozy s'est rendu directement à l'Elysée pour préparer les trois réunions qui devaient s'y tenir lundi 20 août, en présence du premier ministre.

Sans attendre le conseil des ministres de vendredi, qui marquera le cap symbolique des "cent jours", le chef de l'Etat entend montrer que le centre névralgique du pouvoir est et reste l'Elysée. "Attendez-vous à ce que cela reparte très fort à la rentrée", avait lancé le président de la République à ses ministres avant de les quitter pour les vacances.

La première de ces réunions ministérielles a été consacrée, à partir de 10 heures, au pouvoir d'achat, à la croissance et à la situation économique et financière. La suivante devait porter sur l'immigration, et notamment la réforme du regroupement familial préparée par Brice Hortefeux, ministre de l'immigration de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement. Elle sera en discussion à l'ouverture de la session extraordinaire du Parlement à partir du 18 septembre.

La dernière de ces réunions, à laquelle participeront Rachida Dati (justice), Michèle Alliot-Marie (intérieur) et Roselyne Bachelot (santé), sera consacrée aux "mesures de sûreté contre les criminels dangereux", à la suite de l'enlèvement par un délinquant sexuel récidiviste d'un enfant de 5ans à Roubaix.

CONJONCTURE ASSOMBRIE

Mais c'est surtout la situation économique et financière qui préoccupe le chef de l'Etat, décrit comme "attentif et serein" par l'un de ses conseillers. Durant sa "retraite" américaine, il a suivi les soubresauts de la crise boursière.

Plus inquiétant pour l'Elysée : la conjoncture s'est assombrie en quelques semaines. Outre le déficit du commerce extérieur (15 milliards d'euros de janvier à juin), le recul de la production industrielle, la stagnation des créations d'emplois, la plus mauvaise nouvelle est venue de la croissance : seulement 0,3 % de hausse au deuxième trimestre. Un résultat décevant qui met à mal l'objectif du gouvernement de 2,25 % de croissance pour 2007 et 2,5 % pour 2008.

Priée d'abréger ses vacances par M. Sarkozy, Christine Lagarde, la ministre de l'économie, des finances et de l'emploi s'est attelée à conjurer tout accès de pessimisme. Ce mauvais résultat du deuxième trimestre ? "Une conséquence de l'attentisme électoral", a-t-elle affirmé sur RTL tout en maintenant ses objectifs.

Il n'empêche : le financement du "paquet fiscal" grâce auquel l'Elysée comptait provoquer un "choc de confiance" pour gagner "un point de croissance" s'annonce ardu. En retoquant la rétroactivité des avantages fiscaux sur les emprunts immobiliers, le Conseil constitutionnel a privé M. Sarkozy d'une des mesures les plus attendues de sa réforme. Le gouvernement table sur l'exonération fiscale des heures supplémentaires pour doper l'activité.

L'opposition n'a pas été longue à voir le profit qu'elle pouvait tirer de cette situation en soulignant "les promesses inconsidérées" de M. Sarkozy. Dans un entretien au Journal du dimanche du 19 août, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, estime que "la politique du président de la République est dans le droit fil de celle de Jacques Chirac. Il vit à crédit sur le dos de l'Etat. Après l'état de grâce, il y aura la facture".

"VERTIGE DU POUVOIR"

Ancien ministre socialiste des finances et proche de Ségolène Royal, le député de l'Indre, Michel Sapin, pronostique dans Le Parisien du 20 août, la fin de "l'état de grâce" pour M. Sarkozy : "Tout lui est permis. Il éprouve une sorte de vertige du pouvoir. Il manie la parole, souvent avec habileté. Mais tout ceci aura une fin, car il y a un moment où les mots ne suffisent plus et où les réalités reprennent le dessus. (…) Les cadeaux fiscaux provoqueront un retour de bâton (…). Tout ce qui est donné à quelques-uns aujourd'hui devra être payé par tous demain."

Anticipant une rentrée "chaude", sur fond de mise en place du service minimum, de la franchise médicale, et de suppression de 10 000 postes dans l'éducation nationale, le Parti communiste appelle, de son côté, à un rassemblement à l'automne contre "la politique réactionnaire de M. Sarkozy".

Pour autant, M. Sarkozy reste optimiste. La vigueur des attaques devrait lui permettre de souder son camp et de "faire de la politique". En cent jours passés à l'Elysée, il a fait la preuve de son habileté manœuvrière et sa popularité ne s'est pas encore démentie. En juillet, celle-ci s'établissait à plus de 60 % de "bonnes opinions". Les Français semblent apprécier son omniprésence, même s'il doit s'exposer toujours plus.

Malgré ce risque, le chef de l'Etat n'entend pas se montrer plus discret pour autant. Omniprésent avant et pendant ses vacances, il le sera aussi après. Mercredi 22, le chef de l'Etat se rendra aux obsèques du patron pêcheur du Sokalique tué lors du naufrage de son bateau heurté par un cargo; vendredi 24, il sera en province pour une visite de terrain. "Il décide de tout, il est donc responsable de tout", assure le premier secrétaire du PS, qui convient toutefois : "Les Français n'ont nulle intention, au bout de cent jours, de dresser un réquisitoire contre la politiquede M. Sarkozy. Ils ont raison."

 

2007年8月17日金曜日

Pour lutter contre le terrorisme, l'ONU a établi une "liste noire" aux confins du droit

Pour lutter contre le terrorisme, l'ONU a établi une "liste noire" aux confins du droit
LE MONDE | 17.08.07 | 14h35 • Mis à jour le 17.08.07 | 14h36
NEW YORK (Nations unies) CORRESPONDANT


Procédures "arbitraires", "liste noire"... En matière de lutte antiterroriste, les Nations unies ne sont pas exemptes des dérives qu'elles dénoncent chez d'autres. Un enquêteur de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Dick Marty, présentera, à l'automne, un rapport sur les pratiques "kafkaïennes" et "l'injustice flagrante" d'un comité du Conseil de sécurité de l'ONU qui gère une liste de 362 personnes et 125 entités, sanctionnées pour leurs liens présumés avec Al-Qaida ou les talibans.


L'avocat suisse cite le cas de Youssef Nada, un "homme d'affaires à succès" d'origine égyptienne, résidant à Campione d'Italia, petite enclave italienne en Suisse. Au lendemain des attentats du 11-Septembre 2001, les Etats-Unis accusent la banque qu'il dirige, Al-Taqwa, de financer Al-Qaida. Il est, sans autre forme de procès, placé sur la "liste noire" du conseil. "Je l'ai appris dans les journaux", se souvient-il. Depuis, tous ses avoirs ont été gelés et il lui est interdit de quitter son enclave.

"C'est Guantanamo en Suisse, déclare M. Nada au Monde. A 76 ans, je n'ai aucune chance de me remettre. Je suis assigné à résidence depuis six ans dans un territoire de 1,6 km2, sans hôpital, et je ne peux même pas me faire soigner en Suisse." Que lui est-il reproché ? "Jusqu'à aujourd'hui, je l'ignore", dit-il. Il reconnaît avoir eu "des activités islamiques, mais jamais terroristes", et avoir été membre des Frères musulmans - organisation qui prône l'instauration de la charia.

Est-ce "une faute suffisante ?" demande Dick Marty dans une note préliminaire à son rapport. Pendant trois ans et demi, un procureur suisse a tenté de monter un dossier contre Youssef Nada, avant d'être contraint de le refermer et de dédommager le vieux banquier. M. Nada n'en reste pas moins sur la liste : le Conseil de sécurité est souverain, hors de tout contrôle judiciaire.

Le comité des sanctions contre Al-Qaida et les talibans a été installé en 1999. Mais il sert, depuis le 11-Septembre, de raccourci pour neutraliser des individus présumés dangereux, sans passer par de pesantes procédures judiciaires. Pour que quelqu'un soit ajouté à la liste, il suffit qu'un des quinze membres du Conseil le demande et fournisse un "mémoire" des faits reprochés, souvent sur la base de renseignements confidentiels. Dans les cinq jours qui suivent, si aucun des autres membres ne s'y est opposé, le nom est inscrit et publié sur le site de l'ONU.

Les motifs passibles de sanctions, dont "la facilitation" d'activités en lien avec Al-Qaida ou "le soutien, de toute autre manière" au mouvement djihadiste, restent flous. Et les personnes sanctionnées le sont souvent "sur des soupçons vagues, voire très vagues", selon M. Marty, sans en être informées ni avoir accès aux éléments qui les incriminent.

Sur cette liste se côtoient Oussama Ben Laden ; Chamil Bassaev, le rebelle tchétchène tué en 2006 ; Abdul Hakim Monib, un gouverneur afghan dont l'armée américaine a, depuis, fait un partenaire ; Ramzi Binalshibh, accusé d'être le 20e homme du commando du 11-Septembre ; Lionel Dumont, un Français (seul de la liste) converti à l'islam, ayant appartenu au "gang de Roubaix" et détenu en France.

L'efficacité des sanctions, inégalement appliquées, laisse aussi à désirer. "La liste est insuffisante et périmée, beaucoup des personnes ont été éliminées ou sont mortes. Seuls quelques noms ont été ajoutés depuis 2001", assure Victor Comras, ancien expert à l'ONU des questions de terrorisme. Dick Marty, auteur d'un rapport sur les prisons secrètes de la CIA en Europe, juge "franchement choquant" que l'ONU, qui devrait montrer "l'exemple", ne respecte pas les droits en vigueur dans "n'importe quel pays civilisé" : être entendu, recourir à une autorité judiciaire indépendante, et avoir un procès équitable.

"Notre processus n'est pas judiciaire, il relève de la diplomatie préventive", se défend le président du comité des sanctions, l'ambassadeur belge Johan Verbeke. "Dans un monde idéal, nous pourrions devoir procéder selon les règles du judiciaire, ajoute-t-il. Mais le problème du terrorisme est très réel et il faut des instruments adéquats pour y répondre. Nous avons fait beaucoup de progrès ces dernières années (...), il y avait des choses à remédier."

Depuis deux ans, le processus d'inscription sur la liste est plus rigoureux qu'au cours des premières années, quand la plupart des noms étaient soumis majoritairement par les Etats-Unis, sans grand contrôle. A la demande de Paris et de Washington, les personnes sanctionnées peuvent demander leur radiation sans passer par un Etat, mais le retrait de la liste ne peut se faire qu'avec l'accord des quinze membres du conseil, et donc souvent du pays "accusateur". Seules neuf personnes ont été radiées en six ans, dont deux associés de Youssef Nada.

Le rapporteur de l'ONU sur la protection des droits dans la lutte antiterroriste, Martin Scheinin, a recommandé, en 2006, l'adoption de définitions plus précises, des réexamens tous les six mois pour que les sanctions restent temporaires et préventives, ainsi que l'introduction d'un droit au contrôle judiciaire et d'un droit de recours. Les Etats ne devraient-ils pas tout simplement "refuser" d'appliquer les sanctions du conseil, "car contraires à d'autres obligations internationales" qui ont "une base démocratique ?" s'interroge M. Marty.

Philippe Bolopion
Article paru dans l'édition du 18.08.07.